Story Mode : Parlons rétro ! #2

Par krissss | Le Ven 04 Mars 2016

Story mode

Aujourd'hui, on casse les codes ! Non pas une console, mais un ordinateur dans ce numéro 2 de STORY MODE.

Premier ordinateur de la marque française EXELVISION, flanqué d’un design assez novateur, des choix originaux, quel est donc cet ordinateur sorti en 1984, lors du plan de relance « Informatique pour tous » ? Alors,? Je suis, je suis ?...

 

 

EXL-100

 

>Présentation

L'ordinateur présente bien, son esthétique est originale et plutôt agréable. Contrairement à la tendance des années 80 qui consistait à intégrer le clavier dans les ordinateurs familiaux, Exelvision s'inspire du monde professionnel et fait le choix d'un clavier séparé de l'unité centrale.

La spécificité de l’ordinateur EXL-100 est sans nul doute ses connections infrarouges, héritées d’un projet de Texas Instrument avorté. Dès lors, le clavier et les joysticks sont dépourvus de cordon, et envoient des signaux infrarouges à l’unité centrale pour communiquer. Cette technologie qui permet à l’utilisateur de se positionner jusqu’à 4 mètres de l’écran n’a pas que des avantages : le clavier, tout comme les joysticks ont besoin d’une source d’alimentation électrique en continu (ici des piles). La technologie infrarouge ne tolère aucun obstacle entre l’émetteur et le récepteur. Le signal IR interfère souvent avec le même signal envoyé à la télévision ! Par exemple certaines combinaisons de touches sur le clavier augmentent le son de la télé, voire l’éteigne complètement…

 

L’inconvénient majeur reste certainement le fait qu’il soit impossible d’appuyer plus d’une touche du clavier à la fois. Si l’on veut utiliser la combinaison SHIFT, CONTROL ou FONCTION, il faut d’abord presser cette touche, la relâcher puis taper la touche souhaitée, à la différence des ordinateurs classiques qui comprennent la combinaison simultanée…

Les deux joysticks optionnels, sont stockés dans un tiroir situés dans l’unité centrale. Si ces joysticks peuvent être utilisés pour jouer aux jeux vidéo (fait classique), ils peuvent également servir à déplacer le curseur dans toutes les directions à l’écran. Les touches du joystick peuvent servir de barre d’espace et de pavé numérique.

Ci-dessus, la manette et les claviers : Le « Junior » et les 2 claviers mécaniques « Pro »

Le clavier est assez petit et de type gomme caoutchouc assez déplaisant pour qui aime taper de longs programmes. Par chance, il existe deux autres claviers plus classiques avec des touches mécanique mais demeurant en infrarouge, et il est toujours impossible de taper plus d’une touche à la fois.

On peut attribuer la « bonne idée » de l’infrarouge à la section Recherche et Développement de la société Texas Instrument d’où est issue l’équipe d’Exelvision. Rappelons que Texas Instrument avait prévu d’intégrer ce système sur leur Ti-99 4/A.

Sur la façade avant de l’unité centrale, on retrouve 2 compartiments. L’un est un slot pour les cartouches, et l’autre sert de tiroir de rangement pour les joysticks infrarouges. Plus à droite, se trouvent les deux seuls boutons

physiques : ON/OFF et RESET. Le bouton RESET est un HARD RESET : une pression et l’ordinateur redémarre, emportant avec lui votre précieux programme.

 

A l’arrière du boîtier, 2 larges connecteurs : le port d’extension et le slot « Exelmémoire ». Ce « Exelmémoire » si intrigant est un chip de mémoire RAM de 16 ou 64 Ko qui agit comme un mini disque dur… Ce dernier permet de stocker de petits programmes qui peuvent être appelés directement via des commandes en BASIC en utilisant des routines CROS (CMOS RAM OPERATING SYSTEM). La pile adjointe permet de conserver les informations pendant 1 à 2 années.

Le design du système est très sommaire, car son objectif premier était de faire rentrer l’EXL-100 dans les foyers, au cœur du salon, au même titre que la télévision et la chaîne HIFI. Seulement 2 câbles pour démarrer l’ordinateur

(alimentation et câble vidéo péritel).

 

 > LES TRIPES

A l’intérieur, pas de surprises. Comme on peut s’y attendre, le processeur central est bâti autour d’un chipset de chez Texas Instrument (Pour rappel Exelvision fut créée par d’anciens employés de «Texas-Instrument France").

Pour exemple, le cœur du système est composé de deux processeurs TI : TMS-7020 (processeur) et TMS-7041 (E/S). Le chipset TMS-7020 gère sa propre mémoire de 2k de RAM. Le EXL-100 a 32k de mémoire vidéo (VRAM) qui peut être utilisée également pour la conception de programmes. On compte près de 34 Ko de mémoire !!!

La carte mère intègre aussi la puce TMS-5220A qui est le processeur sonore de l’ordinateur. Si l’on vante souvent les prouesses du C64 et de son chip SID, ce dernier est un super synthétiseur vocal ! Certains jeux comme par exemple Tennis ou Wizord y font appel et le résultat est juste … étonnant !

Le processeur sonore peut être piloté par des commandes BASIC du type CALL SPEECH, bien que sa programmation reste très complexe. Un exemple concret sera plus parlant : un simple effet de « coup de feu » qui dure environ 2 secondes, représentent 200 caractères hexadécimaux à taper ! Ça laisse peu de place à l’inventivité et à la création…

Le son est composé de sections de 25 millisecondes. Chacune d’entre elle est décomposée par une amplitude, une fréquence et une tonalité. Le code hexadécimal que l’on a évoqué plus haut qui utilise la commande CALL SPEECH correspond reprend tous ces paramètres. Mais le vrai problème réside plus dans le fait de trouver les bons chiffres pour produire le bon son...

Exelvision a pensé à tout. Ils enregistrent les sons qu’ils veulent sur une bande magnétique (cassette ou autre) et l’envoient à Texas Instrument basé à Dallas (US). Le son est samplé (digitalisé) puis analysé par un ordinateur de la famille des VAX (genre de gros calculateur) lequel se chargeait de ressortir les bons paramètres à utiliser pour le processeur sonore. Le listing était ensuite envoyé à Exelvision à Valbonne (France, Sophia Antipolis)… Difficile à mettre en œuvre à la maison !

 

le fameux VAX…

La partie graphique de l’EXL-100 n’est pas en reste. La puce TMS-3356 de Texas-Instrument autorise un affichage en 320 x 200 pixels et 8 couleurs sans contrainte de proximité des pixels.

Plus simplement, on peut choisir la taille de la fenêtre dédiée aux graphismes : 320 par N x 10 pixels, où N est un chiffre compris entre 1 to 20. Le reste de l’écran est dès lors dédiée au mode texte.

Christian Pietot, Responsable du hardware de l’Exelvision et ancien employé de chez Texas Instrument puis plus tard attaché au département "synthèse vocale » à Nice, se rappelle : "Pour notre premier prototype, nous nous posions la question de la gestion de l’affichage. Ayant choisi une puce développée pour Videotex, principalement conçue pour afficher du texte mais sans animation d’objets, nous nous demandions si nous serions capable de faire déplacer des éléments graphiques assez rapidement. Pour cette raison, nous avons finalement adopté un bi-processeur (!). L’un gère l’affichage, et l’autre les périphériques".

> LOGICIELS

On peut dénombrer quelques jeux disponibles pour l’EXL-100. Beaucoup sont simples, mais certains sont vraiment bons, comme Tennis. Ce dernier sera le géniteur de nombreuses adaptations sur d’autres ordinateurs (Match Point pour Sinclair Spectrum par exemple).

De gauche à droite : Tennis, Menkar, et 1000 Bornes et la couverture du jeu Wizord

   

> CONCLUSION

L’EXL-100 fut une bonne et innovante machine, mais elle a souffert de la concurrence, de la part de Thomson avec ses ordinateurs (MO5, TO-7/70) mais aussi Amstrad avec son CPC464 lequel fut son plus farouche rival. Malgré nombre de qualités, l’offre logicielle n’était pas assez bonne. En 1984, grâce au programme français «Informatique Pour Tous » l’EXL-100 va trouver une place dans nombre d’écoles. Ce plan sauvera Exelvision d’une faillite certaine, qui pourra même réfléchir à une descendance pour l’EXL-100, l’Exeltel.  

Spécifications

Prix public : 3 190 Francs

  • Microprocesseur : TMS 7020 à 4.91 Mhz (TI)
  • Chipset E/S : TMS 7041 (TI)
  • Processeur graphique : TMS 3556 (TI)
  • Son : TMS 5220 (synthétiseur vocal en français)
  • OS : spécifique (en ROM ou extension disquette)
  • Unité de stockage: port cartouche, cassettes, lecteur de disquettes en option
  • Vidéo : mode texte 40 x 25 caractères, mode graphique 320 x 200 pixels
  • Mémoire : RAM 34 ko (RAM 2 Ko + 32 Ko VRAM partagée), ROM 32 ko
  • Cartouches : Basic, jeux, etc.

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