PIXEL ART

Par krissss | Le Mer 25 Mai 2016

Vous vous refusez à vous adonner à autre chose qu'à votre passion des jeux vidéos ?

Pas de problème ! Pourquoi ne pas essayer quelque chose de nouveau vous permettant de profiter de l'univers jeux et artistique ?

Notre ami Jonathan Crane ( http://masquedemort.deviantart.com ) vous propose un super tuto pour vous initier au PIXEL ART.

Allez jeter un oeil sur sa page, il poste régulièrement ses dernières créations et elles sont toutes sublimes !

 

A vous de jouer !

 

 

Pixel arts en perles à repasser :

initiation

 

 

C'est une mode depuis quelques années, vous les avez vus sur internet, dans des magasins de jeux vidéo, chez des copains ou même dans des stands dédiés dans les conventions d'animation : vos personnages favoris de jeux vidéo minutieusement recréés en « pixel arts » à l'aide de perles en plastique.

 

L'envie vous a peut-être pris de faire pareil. Pas d'inquiétude, dans une période où les livres de coloriages pour adultes sont des best sellers, recréer ses héros vidéoludiques avec des perles en plastique n'est plus assimilé à être invité d'honneur à un dîner de con. C'est un peu le plaisir de faire un puzzle ou jouer au Picross en couleur, avec un résultat qu'on pourra afficher sur sa table de nuit (ou ses toilettes).

 

Voici un petit guide qui, je l'espère, vous sera utile dans la création de vos premiers chefs d'œuvre en deux dimensions. 

 

 

Le matériel :

 

Pour commencer dans de bonnes conditions, je vous conseille d'acheter un baril de 10 000 perles de marques HAMA, plus un ou deux sachets supplémentaires de perles noires (le pixel art en demande énormément) et au moins 4 plaques à repasser (2 à 3 euros pièce).

On trouve ce matériel partout sur internet mais également dans la vraie vie chez Cultura, dans les jardineries Truffaut et tous les magasins de loisirs créatifs. Je n'ai pas testé les perles à repasser des autres marques moins chères mais les avis sur internet semblent unanimes à décrire une phase de repassage plus compliquée (le plastique fond mal).

A ce stade, votre porte-monnaie devrait s'être allégé d'une trentaine d'euros. Si la nature ne vous a pas donné des mains elfiques, munissez-vous également d'une pince à épiler, un outil indispensable pour corriger les erreurs de placement sans arracher la moitié du travail.

Enfin, quelques petites boîtes en plastique vous serviront à mettre de côté les perles déjà triées par couleurs. Pas la peine d'acheter les onéreuses boîtes de rangement officielles, vous trouverez des petits tupperwares pas chers au supermaché qui font très bien l'affaire.

 


Pas besoin de faire compliqué pour s'amuser

 

Ensuite, à vous de jouer ! Les perles à repasser c'est une activité pour les enfants à la base, vous n'aurez aucun problème à recréer des personnages simples de l'époque NES, Sega Master System ou NEC. Cependant, si vous voulez vous lancer dans des choses un peu plus complexes (jeux 16-32 bits, gros sprites de jeux d'arcade...) rappelez-vous que la création de pixel arts se base sur trois étapes d'égale importance : la préparation, la réalisation et le repassage.

La préparation


Trouvez une bonne idée et un modèle à reproduire. Pour vos premiers pas, vous voudrez commencer par quelque chose de simple : toutes les ludothèques des jeux d'arcade du début des années 80 et les consoles 8 bits vous tendent les bras. Le Neo Geo Pocket, autrefois boudée du public, propose par exemple des sprites super-deformed de personnages cultes faciles à reproduire très populaires chez les amateurs de perles. La Megadrive demandera déjà plus de couleurs, comme la Neo Geo qui elle, fait dans les gros sprites (au moins 3 plaques de haut). Enfin, la Super NES et ses milliers de couleurs alterne entre le facile (Zelda : link to the Past, Yoshi Island et Super Mario World) et le très compliqué (Super Ghouls'n ghosts, Castlevania 4...).

A link to the past : idéal pour débuter

 

Vous pouvez aussi directement chercher sur internet si quelqu'un a déjà recréé le sprite de vos rêves, et croyez-moi, c'est le cas dans 99 % des cas. Tapez juste dans google le nom du personnage accompagné du terme « hama » et émerveillez-vous devant le talent de vos prédécesseurs avant de les copier honteusement.

 

Si votre démarche se veut plus personnalisée, vous pouvez vous lancer dans les captures d'écran depuis un émulateur ou carrément la visite de sites internet spécialisés dans les planches de sprites (vgmuseum ou spriters-resource sont deux références du genre). Je vous conseille d'éviter les fichiers au format .jpg, ils ont un aspect un peu flou qui rendra difficile la recréation pixel par pixel.

 

Idéalement, un sprite de référence doit être enregistré dans un format qui respecte le pixel par pixel :   .png, .gif ou .bmp.

 

Pour autant, et même lorsque vous aurez trouvé votre modèle, gardez à l'esprit que la quarantaine de teintes disponibles en plastique ne correspondra jamais aux centaines, voire aux milliers de nuances affichées par les machines des années 90.

Vous devrez toujours faire des compromis : substituer une couleur par une autre ou carrément oublier un dégradés trop subtil. Si l'on excepte les personnages les plus simples, le sprite recréé ne sera jamais exactement comme l'original de l'écran. Le plus important, c'est l'impression finale qu'il procurera.


Le jeu des différences

 

 

Evaluez avant tout la faisabilité de votre projet en comptant les couleurs du modèle et comparez-les avec les nuances en votre possession. A ce sujet, le nuancier officiel du fabriquant de perles vous aidera beaucoup -  www.hama.dk/nuancier/

 

Autre point important : la taille. Avant de vous lancer à faire Mai Shiranui ou la Sentinelle des X-men, comptez les pixels. Oui, c'est une corvée mais ça vous facilitera nettement la vie pour organiser la table et au moment du repassage. Une plaque contient 29 perles sur 29 et fait 14,5 cm sur 14,5 cm : le nombre à utiliser monte très vite et donc la taille sur votre espace de travail, d'autant que la résolution des personnages n'est pas forcément proportionnelle à la puissance du support original.


Sega Master System/Neo Geo/SNES/ Psone

 

 

Voilà comment je procède sur les grosses pièces : j'ouvre mon image dans un logiciel de dessin (photofiltre) avant de sélectionner un masque carré de grossos-modo 30 pixels sur 30. Il ne reste plus qu'à balader le masque sur le reste de l'image pour avoir une idée du nombre de plaques à prévoir.

 

 

 

La réalisation

 

Ouvrez votre modèle -certains l'impriment carrément, moi j'en reste à l'utilitaire de dessin : évitez la visionneuse de photos par défaut, elle a parfois tendance à lisser les images lors des zooms et si votre référence est trop petite, vous ne verrez plus les pixels.

 

Placez vos plaques sur un support rigide (sous-main cartonné, album de BD...) qui facilitera le transport lors de la phase de repassage.

Si possible, travaillez à la lumière du jour : plus douce aux yeux, elle seule permet de différencier les différences subtiles entre certaines teintes (je pense à vous, bleu foncé et bleu très foncé, grr).

 

Ne reste plus qu'à placer les perles, pixel par pixel. Commencez par les éléments des bords et tout ce qui délimite le sprite, la couleur noir en particulier. Placez vos perles couleur par couleur, du plus foncé au plus plus clair, en favorisant les éléments marquants qui vous donneront des points de repère visuels pour les petits détails à venir. Au début c'est un peu difficile de compter l'espacement exact d'un pixel à un autre ou de mémoriser un pattern complexe mais à la pratique, ça finira par rentrer tout seul.


Le salut à l'artiste

 

Votre meilleur ami à cette étape sera l'outil sélection « baguette magique » et la sélection par couleur : en cliquant sur un pixel, tous les pixels de la même teinte seront mis en surbrillance.

 


Fini les yeux douloureux !

 

Lorsque vous reproduirez un sprite, vous aurez souvent le réflexe d'utiliser autant que possible la même couleur que ce que vous voyez à l'écran. Si possible, essayez plutôt d'y substituer une teinte légèrement plus lumineuse, particulièrement si vous travaillez dans les marrons, les verts et les bleus foncés. Pourquoi ? Tout simplement parce que votre modèle est tiré d'un écran, lumineux par essence : le résultat final, même juste, risque de paraître trop sombre.

 

Vous ferez des erreurs, c'est tout à fait normal. Lorsque les perles ne correspondent plus à l'original, reprenez les choses calmement, enlevez les éléments litigieux, recommencez pas à pas. Vous ne faites pas la course, seul le résultat compte et tout peut être corrigé avant la phase du repassage.

Si vous n'êtes pas content du résultat, si quelque chose cloche, prenez simplement du recul face à votre œuvre. J'ai l'habitude de photographier mes sprites avec le téléphone : l'objectif ne ment pas, on voit tout de suite les éléments qui ne marchent pas -particulièrement les couleurs. De même quand on a passé trop de temps le nez collé à ses dégradés de perles, la photo rassure aussi souvent quant au résultat définitif.

De près, c'est toujours nettement moins joli.

 

 

Le repassage

 

Ne reste plus qu'à fixer votre œuvre pour la postérité. Le repassage est une étape critique dont la réussite se résume à un terme : patience.

 

Couvrez votre œuvre avec du papier sulfurisé (le rouleau du supermarché passe parfaitement), réglez le fer à repasser sur température maximum -sans vapeur surtout !, et repassez doucement en commençant par les bords. Passez bien sur l'intégralité du travail, lentement mais sans vous attarder sur un endroit en particulier (les moules sont fragiles, eux aussi, ils se déforment sous la chaleur...).

On sait que les perles ont bien fondu quand on voit les couleurs à travers le papier.

Patientez quelques secondes le temps que le plastique recommence un peu à durcir, puis sortez très doucement le papier, repérez les endroits qui n'ont pas bien fusionné et repassez par dessus. Pas la peine d'écraser les perles, pas la peine de forcer, faites simplement attention à ce que le tout soit bien homogène.

 

A tout moment du repassage vous n'êtes pas à l'abri d'un incident : quelques perles vont se désolidariser du tout en restant collées au papier de cuisson, ou bouger, se coucher en travers de la plaque, sauter joyeusement après une vibration malencontreuse et disparaître sous le bureau...

Tenez la pince à épiler à portée de main et une petite réserve de perles de secours. Gardez votre calme, reconstituez votre pixel art puis repassez le fer. Tant que tout n'est pas collé, vous avez toujours le droit à l'erreur.

 

Dès lors que vous constatez que toutes les perles ont harmonieusement fondu les unes sur les autres, patientez encore une trentaine de secondes avant d'extraire votre travail des plaques, afin d'éviter une déformation de dernière minute dûe au plastique encore malléable.

 

Sortez votre œuvre sans forcer, c'est presque terminé.

 

Vous pouvez alors au choix passer directement au pressage (voir plus bas) ou parachever le repassage à plat afin de bien écraser les perles pour leur donner une consistance plus proche encore des pixels d'origine (sans endommager les plaques, maintenant). Méfiez-vous cependant de certaines couleurs dont le rendu ne s'améliorera pas malgré tous vos efforts -je pense au noir en particulier qui ne fond pas aussi bien que les autres... Sachez également vous arrêter car le repassage à outrance finit par déformer le modèle.

 

Certains repassent leurs pixel arts des deux côtés, c'est tout à fait optionnel mais c'est quelque chose que je pratique pour renforcer la solidité, donner le choix de l'orientation du personnage et laisser une surface bien plate pour y accrocher plus tard un magnet, un crochet ou même une boule de patafix.

 

Quand vous en avez terminé avec le repassage, écrasez immédiatement votre pièce sous un gros livre ou tout objet plat et lourd (une Wii board s'avère l'outil idéal pour ce travail, par exemple...) afin qu'elle reste bien droite tandis que le plastique va refroidir pour de bon. Patientez une petite demi-heure pour être bien sûr, et voilà : votre pixel art est terminé !

 

 

Et pour la suite ?

 

Commencez par des pièces assez modestes pour bien prendre le coup de main, ne serait-ce que pour l'étape du repassage. Si le triage infernal des premiers jours et les odeurs de plastique fondu ne vous ont pas rapidement dégoûté, vous allez vouloir passer à des sprites grands et complexes : il deviendra nécessaire d'acheter des nouvelles plaques (elles vieillissent très mal de toute façon) et des perles en sachets individuels. Je vous conseille en particulier les perles dorées et blanc cassé pour les dégradés de peau et les perles gris foncé et gris clair qui  serviront sur à peu près tous vos travaux.

Les perles phosphorescentes bien utilisées donnent aussi des résultats sympas -elles fondent  de plus particulièrement bien.


Perles phospho + lumière noire = fun

 

Mais vous n'êtes pas limité qu'aux jeux vidéo : n'importe quelle photographie peut être reconstituée sous condition de la pixelliser et de réduire son nombre de couleurs (16 ou 32 idéalement). On reviendra sur le sujet une autre fois.

 

Maintenant, à vous de jouer. J'espère que vous prendrez au moins autant de plaisir que moi à cette activité. Si vous avez des questions, des idées ou que vous voulez partager vos travaux ou vos trucs, n'hésitez pas à me contacter à « masquedemort(arobase)gmail.com »

 


Et en route vers de nouvelles aventures !

 

Par Jonathan Crane

 

retrogaming coup de coeur

2 votes. Moyenne 3.00 sur 5.

×